Joëlle Robert-Lamblin- Directeur de Recherche cl.ex. honoraire au C.N.R.S.
Membre associé de l'UPR 2147: "Dynamique de l'Evolution humaine".
Rattachée au thème de recherche: "Histoire et géographie des peuplements humains".

Publications principales et films

 

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Domaine général de la recherche:
Etudes anthropologiques conduites auprès des populations autochtones de l'Arctique

 

Depuis 1966, la recherche de Joëlle Robert-Lamblin dans les régions polaires a été essentiellement consacrée à l'étude des mécanismes démographiques, sociaux et culturels d'adaptation de l'homme à cet environnement spécifique que sont les contrées arctiques et subarctiques, ainsi qu'à l'analyse des processus d'évolution des petites sociétés arctiques, liés en particulier au développement des contacts avec le monde occidental.

Traditionnellement nomades ou semi-nomades, les populations autochtones de l’Arctique vivent - par leurs activités de chasse, de pêche ou d’élevage - des ressources naturelles de leur environnement qui leur sont accessibles. L’évolution récente conduit toutefois la plupart des communautés arctiques à l’abandon de leur mode de vie nomade pour une sédentarisation, volontaire ou obligatoire, dans des centres urbains. Cette situation entraîne une modification de l’équilibre ancien entre hommes et milieu, ainsi que de considérables changements socioculturels.
 
 

Régions étudiées


Missions de terrain : lieux et années
1 - Ammassalik (1967, 1972, 1977,1979, 1984, 1987,1994, 2007)
2 - Scoresbysund/Ittoqqortoormiit (1968, 1970, 1990)
3 - Groenland occidental, de Narssaq à Umanaq (1982)
4 - Iles Aléoutiennes, îles Akutan et Umnak (1971)
5 – Tchoukotka et Yakoutie, d’Anadyr à Tcherski (été et hiver 1991, 1993)
6 – Yakoutie septentrionale, districts de Nijne et Sredne Kolymski (1997, 2000)
7 – Kamtchatka, district de Bystrinski (2004).

Photo Sigrun Stefansdottir
(Photo Sigrun Stefansdottir)
La majeure partie des travaux de terrain et de laboratoire de J.Robert-Lamblin a porté sur l'ethnie inuit des Ammassalimiut du Groenland oriental : c'est à dire les populations des communes d'Ammassalik et de Scoresbysund (Ittoqqortoormiit). Dans la continuité des recherches entreprises dans cette région dès 1934-37 par Robert Gessain et Paul-Emile Victor, elle a effectué des enquêtes de longue durée, avec des séjours répétés entre 1967 et 1994, ainsi qu'une nouvelle mission de terrain en 2007.
D'autres missions sur le terrain : parmi les Aléoutes du sud-ouest de l'Alaska (en 1971) et plus récemment (à partir de 1991, du fait de l'ouverture du Grand Nord soviétique aux chercheurs occidentaux) auprès des Eskimo/Yuit et des éleveurs de rennes de la Sibérie nord-orientale, en collaboration avec les chercheurs Boris Chichlo et Christian Malet, l'ont amenée à développer la même approche méthodologique. Les observations réalisées au sein de différentes populations arctiques permettent, ainsi, d'effectuer des études comparatives et de mettre en lumière, pour ces différents groupes humains, à la fois des particularités et des similitudes.
Photo Joëlle Robert-Lamblin
(Photo Joëlle Robert-Lamblin)

 

Thématique des recherches

Démographie des populations arctiques et subarctiques

L’analyse anthropo-démographique constitue un des moyens d’appréhender l’adaptation d’un groupe humain à son environnement, par son aptitude à y survivre et à se reproduire. Dans les régions arctiques, les recherches menées par J. Robert-Lamblin portent notamment sur les effectifs de population et leurs fluctuations; la structure par âge et par sexe; la reproduction; la mortalité et la durée de vie; la répartition spatiale et la mobilité géographique; l’organisation familiale et sociale. Ces travaux peuvent apporter un éclairage sur certains mécanismes de fonctionnement des sociétés disparues ayant vécu de chasse et de collecte dans un environnement froid.

Le Groenland oriental, où J. Robert-Lamblin a mené une étude longitudinale, au cours de missions régulières sur le terrain, demeure le cadre de référence pour ses travaux. L'ethnie des Ammassalimiit, bien que constituant un groupe humain restreint (aujourd'hui 3355 individus, en totalisant les deux régions d'Ammassalik et de Scoresbysund/Ittoqqortoormiit), présente un intérêt particulier qui repose essentiellement sur trois facteurs :

- Cette petite communauté de chasseurs de mammifères marins n'a été découverte que tardivement par les Occidentaux : en 1884. A l'aube du XXème siècle, elle représentait donc, en quelque sorte, une survivance de la "préhistoire".

- Située en bout de chaîne des migrations eskimo venues d'Asie, elle pouvait être le conservatoire de traditions perdues ailleurs.

- Enfin, par son extrême isolement géographique, elle constituait un modèle pour ainsi dire parfait d'isolat, tel que le définissent démographes et généticiens.

Photo Joëlle Robert-Lamblin
(Photo Joëlle Robert-Lamblin)
 
Photo Sigrun Stefansdottir
(Photo Sigrun Stefansdottir)
Après avoir constitué une banque de données généalogiques et démographiques, précise et complète pour l'ensemble de la population sur un siècle, il a été possible de reconstruire et d'analyser la situation passée, lorsque les contacts entre ces chasseurs nomades et le monde occidental étaient encore très limités, et de suivre, presque "au microscope", l'évolution de la population tout au long du XXème siècle. Par exemple, les conséquences des épidémies de maladies importées et les nouvelles pathologies, les changements dans la mortalité infantile et adulte, les transformations de la famille liées à une maîtrise acquise de la fécondité de même qu'à l'adoption de nouveaux comportements, l'évolution de la structure par âge, celle de la répartition géographique, etc. peuvent être observés en continu et analysés.

Comme pour la plupart des autres communautés endogames qui existent dans le monde, on assiste depuis la deuxième guerre mondiale à la rapide disparition de cet isolat. Les effets de l'ouverture de l'ethnie est-groenlandaise sur l'extérieur se mesurent non seulement par la transformation de son patrimoine génétique (par métissage), mais encore par les changements socioculturels considérables auxquels elle est confrontée. Activités, mode de vie, structure familiale, organisation sociale et économique, croyances et pratiques religieuses, ont été profondément modifiés par cette rencontre entre deux cultures fondamentalement différentes. L'analyse de ces transformations a fait l'objet de plusieurs publications.

En outre, un travail entrepris en collaboration avec Magnus S. Magnusson (chercheur en psychologie comportementale, responsable du Human Behavior Laboratory de l’Université de Reykjavik en Islande, www.hi.is/~msm/), portant sur l’analyse de la mobilité et du mode d’occupation du territoire par la population d’Ammassalik entre 1895 et 1935, se poursuit avec la participation d'Evelyne Heyer (Université de Paris VII).


Parallèlement s’opère pour J. Robert-Lamblin la continuation de travaux sur l’Arctique sibérien, entrepris plus récemment en collaboration avec Boris Chichlo, ethnologue, et Christian Malet, médecin-anthropologue (Centre de recherches inter-nordiques et chercheur associé à l’UPR 2147). Faisant suite à trois séjours en Tchoukotka et Yakoutie arctique, en 1991 et 1993, deux nouvelles missions de deux mois, menées en 1997 et 2000 auprès des pêcheurs et éleveurs de rennes de Yakoutie nord-orientale (Kolyma moyenne et inférieure), ont porté sur les principaux thèmes suivants :

- l’histoire du peuplement de cette région, point de rencontre entre plusieurs minorités ethniques (youkaghire, évène, tchouktche, yakoute et russe autochtone);

- la récente évolution démographique et la situation actuelle des populations autochtones (analyse de la transition démographique);

- l’alimentation traditionnelle, les perceptions gustatives, les changements alimentaires, ainsi que l’état sanitaire de ces groupes.
Ces missions ont été financées par Appels d'offres de l'Institut français pour la recherche et la technologie polaires (Brest).

Enfin, une mission de deux mois effectuée au Kamtchatka en 2004, en collaboration avec Ch. Malet, dans le cadre d’une ACI du Ministère de la Recherche (sous la responsabilité de Sylvie Beyries, UMR 6130 du CNRS), avait pour objet l’étude de l’adaptation biologique et culturelle des éleveurs de rennes de la région de Bystrinski.

Photo Joëlle Robert-Lamblin
Photo Joëlle Robert-Lamblin
(Photos Joëlle Robert-Lamblin)

 

Dynamique des modes alimentaires dans les populations arctiques et subarctiques

L'alimentation des populations arctiques et subarctiques constitue un des thèmes de recherche de J. Robert-Lamblin. Ses enquêtes de terrain menées au Groenland oriental, entre 1967 et 1994, et dans le Nord sibérien, de 1991 à 2004, l'ont amenée à recueillir des données qualitatives sur l'alimentation (types d'aliments consommés, modes d'acquisition, préparation, distribution, habitudes, goûts et préférences alimentaires) des chasseurs de mammifères marins et des éleveurs de rennes nomades de la toundra sibérienne. Un certain nombre de données collectées au Groenland ont été publiées; elles font l'objet de comparaisons avec les terrains sibériens étudiés en 1997, 2000 et 2004 (Yakoutie nord-orientale et Kamtchatka).

Les populations arctiques étant confrontées à des problèmes d'acculturation extrêmement rapide, notamment dès lors qu'elle se sédentarisent, un des sujets de recherche est l'étude des transformations de l'alimentation et l'impact des changements nutritionnels sur la santé des populations impliquées.
 

Autres thèmes abordés

Parmi les autres sujets d'étude figurent :

- les différentes formes de survivance, à l'époque contemporaine, des croyances, pratiques et rituels, au sein des petites communautés autochtones de l'Arctique;

- les conséquences sociales, économiques et culturelles du passage de la vie nomade dispersée à la vie sédentaire en agglomération;

- une approche anthropologique de la Grotte Chauvet à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) : contribution aux travaux de l’équipe multidisciplinaire dirigée par Jean-Michel Geneste (collaboration, en particulier, avec Jean Clottes, ancien directeur de l'équipe, et Michel-Alain Garcia de l’UMR 7041 du C.N.R.S.).


Photo Joëlle Robert-Lamblin

(Photo Joëlle Robert-Lamblin)
Face à l’énigme que représente l’«art» de la grotte Chauvet pour l’observateur contemporain, l’anthropologie peut contribuer à une tentative d’élucidation, en examinant les constantes symboliques attachées à certains motifs ou signes chez les peuples des régions circumpolaires partageant avec les Aurignaciens un mode de vie similaire. La prégnance de l’ours, l’opposition picturale entre deux êtres (l’ours et le lion) et enfin, l’évocation de la figure féminine dans les profondeurs de la terre : tous ces éléments observables à la grotte Chauvet semblent renvoyer à de grands thèmes culturels qui, partagés par les sociétés boréales de chasseurs-cueilleurs, trahissent une conception de l’ordre cosmique.

Site internet : www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/chauvet/fr/

 

Entretiens destinés aux archives audiovisuelles de la Recherche en Sciences humaines et sociales

En 2003 - 2004, deux séries d'entretiens portant sur la thématique : Anthropologie des populations arctiques, ont été réalisées par Anne Gotman pour l'ESCoM de la Maison des Sciences de l'Homme.
Des extraits figurent sur les sites suivants:
http://semioweb.msh-paris.fr/AAR/170/introduction.asp?id=170
http://semioweb.msh-paris.fr/AAR/193/introduction.asp?id=193

 

Réalisation de podcasts dans le cadre de l’Année polaire internationale

A l’occasion de l’Année polaire internationale 2007-2008, le CNRS et l’Institut polaire français, Paul-Emile Victor (IPEV), ont produit un DVD thématique sur les recherches polaires françaises : Alerte aux pôles (Production : CNRS Images - Distribution Editions Belin 2009).
Se reporter aux sites suivants :
http://www.cnrs.fr/cnrs-images/belin/poles.html
http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc &id_doc=1901

Parmi ces podcasts, six sont consacrés aux recherches de Joëlle Robert-Lamblin :
- Qui vit autour du pôle Nord ?
- Comment travaillent les scientifiques en arctique ?
- Existe-t-il encore des populations isolées ?
- Comment les populations locales s’adaptent-elles au réchauffement ?
- Que reste-t-il à comprendre ?
- Quel avenir pour ces populations ?

 

Création d’un fonds d’archives à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle à Paris

En 2010, une importante documentation se rapportant aux populations des régions polaires a été transférée à la section des archives de la Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle à Paris (38 rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris), sous l’appellation : « Fonds Joëlle Robert-Lamblin : recherches arctiques », actuellement en cours d’inventaire.

Une partie de cette documentation, accessible aux chercheurs, comprend : une documentation générale sur l’Arctique ou plus spécifique pour le Groenland, le Canada, l’Alaska, la Sibérie ; des Mémoires et thèses en sciences humaines et sociales concernant l’Arctique ; des documents sur la prospective des recherches en Arctique ; des journaux et ouvrages, en russe, danois, groenlandais, anglais, français ; des cartes géographiques.

Se trouvent en outre, avec accès sous conditions particulières : des archives de terrains (1967-2007) de Joëlle Robert-Lamblin, et des notes ou documents classés par thématique de recherche ; des notes et documents provenant de travaux d’autres chercheurs (notamment Robert Gessain et Paul-Emile Victor), ayant servi de documentation aux publications de Joëlle Robert-Lamblin ; de même que des archives démographiques.

Pour plus d’informations, voir le site : Fonds Joëlle Robert-Lamblin : recherches arctiques - Calames - Abes

 

Publications principales et films

Courrier

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