INEE

L'OHM.I “ESTARREJA”

universidade de Aveiro

Directeur : Anne-Marie Guihard-Costa ,
Directeur de Recherche, UPR 2147 du CNRS

Directeur- Adjoint : Eduardo Ferreira da Silva,
Professor Catedrático, Universidade de Aveiro, Portugal

voir sur le site de l'INEE

Le concept d’OHM, observatoire hommes-milieux

Les Observatoires Hommes-Milieux sont des outils de l'Institut d'Ecologie et d'Environnement (INEE) du CNRS, destinés à favoriser une nouvelle forme d'interdisciplinarité scientifique sur la question des interactions hommes-milieux (société-environnement). Le principe est d'encourager les recherches croisées sur un territoire marqué par un fait anthropique majeur, spatialement circonscrit, à très fort impact environnemental, économique et social, et perturbé par un changement / une rupture de nature systémique. Toutes les disciplines des sciences de l'environnement comme des sciences humaines et sociales ou des sciences de la vie sont donc invitées à étudier cet objet depuis leur cœur de discipline, en amont (modalité et impacts de l’activité) et en aval (conséquences de cette activité et de son arrêt, résiliences, remédiations, etc.)
Les Observatoires Hommes-Milieux sont des lieux d’observation, d’étude, mais aussi de modélisation et d’expérimentation. L’une de leurs fonctions est de répondre aux questions sociales, économiques, et de santé nécessairement induites par ces situations, en termes de résilience, de remédiation et d’évaluation des dispositifs d’intervention proposés. Ils peuvent constituer un dispositif d’aide à la décision politique.

 

L'OHM international estarreja

L'OHM international "Estarreja" a été créé le 1er mars 2010 afin d'étudier la dynamique des impacts environnementaux, sanitaires et sociétaux induits par une activité industrielle polluante en milieu fragile (zone humide sensible).  
La zone géographique étudiée se situe sur la côte Nord du Portugal, et correspond au « concelho » d'Estarreja, district d'Aveiro.

Le contexte
Une pollution industrielle ancienne
La région d'Estarreja est soumise à une pollution industrielle intense depuis le début des années 50. La commune possède sur son territoire le deuxième plus important complexe d'industries chimiques du pays, produisant principalement du sulphate d'ammonium, de l'acide nitrique et du nitrate d'ammonium, mais également des résines synthétiques (PVC). Cette activité industrielle a produit de grandes quantités de déchets toxiques solides, déchets qui ont été stockés à même le sol jusqu'en 1986. De plus, jusqu'en 1975, les effluents liquides étaient également rejetés dans plusieurs petits cours d'eau de cette zone. Ces effluents étaient très chargés en produits toxiques, comme l'aniline, le benzène, le monochlorobenzène, et de nombreux métaux lourds (arsenic, mercure, zinc, plomb…).
Au cours des années1990, d'importantes avancées technologiques ont permis de réduire considérablement l'émission de polluants par les usines chimiques locales. Cependant, les résidus solides anciens sont toujours présents, et les effluents liquides continuent à circuler dans les canaux de drainages qui traversent terrains cultivés et prairies.

Un milieu fragile
La zone industrielle se situe à proximité de la plus grande lagune d'eau saumâtre du Portugal (ria d'Aveiro), lagune dont les ramifications canalaires s'étendent jusqu'aux portes des usines du complexe chimique. La ria d'Aveiro constitue un milieu écologiquement riche, habitat naturel de très nombreuses espèces aquatiques et terrestres, et définie comme une Zone de Protection Spéciale (ZPS) au titre de la directive européenne pour la protection des oiseaux
La présence d’un système lagunaire favorisant le drainage et la dispersion des polluants constitue une particularité susceptible de majorer les effets de la pollution. Cet effet spécifique reste mal connu.

 

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Objectifs de l'OHM

Depuis une vingtaine d'années, des études ont montré l'étendue et l'importance de la pollution industrielle dans cette zone géographique, tout comme son impact sur certains organismes végétaux et animaux. Cependant aucune recherche synthétique n'a été menée en ce qui concerne ses impacts sur l'homme, sa santé, et ses activités socio-économiques. De plus ces études circonscrites dans le temps, ne permettent pas de rendre compte de l'évolution de l'environnement sur plusieurs décennies.
L'OHM "Estarreja" a pour objectif d'étudier les effets multiples de cette activité industrielle sur la relation homme-milieu, en prenant en compte la dimension temporelle, marquée par les changements de pratiques industrielles. L'OHM constituera des bases de données précieuses  pour de futurs projets concernant d'autres régions du globe soumises au même type de pollution, et présentant des caractéristiques environnementales similaires. Son intérêt sociétal est évident, notamment dans le domaine de la santé publique (prévention et suivi médical des populations).

Les premières études

L’étude initiale à l’origine de l’OHMI concerne l'impact de la pollution d'origine industrielle sur le déroulement de la grossesse et le développement neonatal. La méthodologie, originale, est centrée sur l'analyse spatiale différentielle des effets de la pollution au sein d’une zone à risque géographiquement bien délimitée.
L'approche est pluridisciplinaire et implique le recueil de données de plusieurs types : géochimiques (nature et dispersion des polluants), éco-biologiques  (accumulation et rémanence des polluants dans les chaînes biologiques animale et végétale), médicales (données obstétricales, pédiatriques, anthropométriques), sociologiques (modes de vie, habitudes alimentaires, structure familiale, flux migratoires).
Les deux equipes partenaires du projet sont :
- l'UPR 2147 du CNRS 
- Le Departamento de Geociências de l'Université d'Aveiro, Portugal 
Le projet fait également appel à la participation :
- des autorités administratives locales : Sector do Ambiente, Câmara Municipal d’Estarreja
- des autorités sanitaires régionales : Direcção Regional de Saúde
- des associations locales réunissant les partenaires civils et industriels responsables du suivi du risque industriel (Association PACOPAR)
Plusieurs bases de données ont déjà été constituées, et sont en cours d’étude:

  1. Les données géochimiques concernant les polluants ont été obtenues à partir de plusieurs centaines de prélèvements de sols, d’eaux et de végétation. Elles ont permis de déterminer les zones à risque maximal. Les cartographies actuelles des différents polluants  ont été comparées à celles établies par la même équipe en 1999, 2003, et 2007
  2. Les données médicales concernant l’état de santé des mères et des nouveau-nés ont rété recueillies dans les centres médicaux. Parallèlement, des evaluations biologiques de l’intoxication des enfants  au mercure et à l’arsenic sont en cours.
  3. Des enquêtes de terrain ont été menées sur des échantillons représentatifs de femmes Le questionnaire comportait des données d’état-civil concernant les mères et leurs enfants, des informations concernant l’histoire obstétricale des femmes et des questions concernant le comportement alimentaire et la consommation d’eau. Un questionnaire complémentaire a également été appliqué aux femmes ayant declaré avoir eu des avortements spontanés.

Les mêmes études (enquêtes de terrain,  recueil  de données médicales et biologiques) ont également été menées dans une zone blanche au sud de la lagune, choisie en raison de ses caractéristiques géologiques et sociologiques,  identiques à celle de la region polluée.

L’appel d'offres lancé par l’OHMI pour 2011 permettra l’ouverture de son champ de recherche à des problématiques variées, concourant toutes à la compréhension de l’évolution des relations homme-milieu au sein du territoire considéré.

 

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